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Dire

Du sujet pris dans les toiles du Discours Capitaliste, un Dire de sortie.

« L’analyse de ces cas montre que, dans son abandon à la mort, le sujet cherche à retrouver l’imago de la mère. »

Les complexes familiaux dans la formation de l’individu.

Jacques Lacan 1938 Autres écrits (Seuil) p.35

Le Capitalisme connaît un essor jusqu’alors jamais connu dans l’organisation de nos sociétés humaines. Jamais l’achat, la dépense, la circulation de l’argent, l’avoir, n’avait été autant facilité pour chacun. Sauf bien sûr, mais cela ne saurait tarder, pour les tribus les plus reculés du fonctionnement de notre monde. L‘offre capitaliste du « bonheur » pour tous par les biens que ce système propose sur le marché, même à ceux qui perdent tout, qui sont séparés par rupture (conjoint, travail, maison et autres sociaux) comme le soulignent des patients rencontrés en parlant de la ou les causes de leur entrée dans la détresse, conduisent les sujets dans les comportements dits d’addiction.

Face au vide auquel est confronté le sujet, il en bouche le trou par le remplissage sans fin de ces produits de consommation à l’étiquette de la modération continue (buvez avec modération, mais buvez!). Le Discours Capitaliste semblant vouloir frayer un chemin pour le Discours du Maître ordonnant l’accomplissement de l’être dans la croissance démesurée du marché des biens sans plus aucune valeur que le chiffre de son bénéfice (enjeu de bourse des bourses en jeu).

Peut-on parler de « brouillage sensoriel » en reprenant les propos de David LEBRETON où le corps n’existe plus au profit d’un rapport virtuel à son monde, un monde détaché de l’étreinte corporelle ? (La délivrance du corps. Internet ou le monde sans mal. Revue des Sciences Sociales, 2001, 28, nouve@ux mondes ?)

« Un monde où les frontières se brouillent et où le corps s’efface, où l’Autre existe dans l’interface de la communication,mais sans corps, sans visage, sans autre toucher que celui du clavier de l’ordinateur, sans autre regard que celui de l’écran. Libéré des contraintes corporelles habituelles face à un monde simplifié dont les clés sont aisées à manipuler, le voyageur virtuel connait réellement un monde factice, ressent physiquement un monde sans chair. Dans l’univers de synthèse, le jeu avec la situation délivre toutes les apparences du vrai sans le risque de la preuve du monde, et avec la faculté de vivre mille activités inédites. Malgré sa mobilité réduite, l’individu vit une plénitude sensorielle que la société ne lui prodiguerait pas avec tant de largesse. Il se déplace concrètement dans un univers reconstitué. En dissociant le corps et l’expérience, en déréalisant le rapport au monde et en le transformant en rapport à des données, le virtuel légitime aux yeux de maints internautes (ou des tenants durs de l’Intelligence Artificielle) l’opposition radicale entre esprit et corps, aboutissant au fantasme d’une toute-puissance de l’esprit. »

L’alcool, les drogues et autres produits rendant bien le virtuel au sujet, virtuel des sensations éprouvées au détriment d’un réel du corps manquant, vide avec lequel le désir prend son point de mire pour le sujet, inattrapable et innommable qu’est la cause de son désir.

Société des addictions «consummatoires» du corps et de ses sensations ?

Quelle « Alchimie » possible du sujet dans « l’ « a« -Chimie » du Discours Capitaliste ?

C’est de cette question que je formule l’hypothèse du recul face à la castration symbolique de l’Autre pour ne pas s’avancer en tant que sujet, d’un sujet pris dans le réel de la cause de son désir.

Je m’ appuie sur la découverte des effets de la parole par Freud pour m’orienter ensuite de la découverte des discours selon Lacan.

La parole est le centre de notre analyse puisqu’elle est au centre même de la psychanalyse.

Qui mieux que le toxicomane ou l’addict peut répondre à la question du sujet du Discours Capitaliste et d’un éventuel dire de sortie ? La médication dont il est et se fait l’objet lui pose problème, la prise en charge d’un arrêt brutal l’angoisse, le contact avec les cliniciens l’installe dans la plainte, la demande, le choix.

On ne force pas la rencontre ni le « parler » du sujet. Ceci pour favoriser une véritable rencontre clinique basée sur des paroles pleines de sens personnel pour les sujets, non pour faire dire, mais pour provoquer l’occasion d’un dire. C’est en ce sens qu’on n’aborde les groupes de parole que par le silence, « la présence muette » comme aussi chaque rencontre individuelle.

Chaque entretien effectué mène sur la route du sujet et de sa singularité. Aucune histoire ne ressemble à une autre, mais du semblable existe qui nous ramène pratiquement à chaque fois vers la perte, le manque, le rapport à l’Autre du besoin et comme un manque dont on se plaint, insupportable, manque du produit dont il faut se remplir pour qu’il ne manque plus. S’ils parlent tous d’une vraie maladie de l’addiction, ce n’est pas l’objet de leur plainte. La plainte se situe sur ce manque dont ils ont peur, dont ils pensent qu’ils n’arriveront pas à faire face et ce sera la rechute disent-ils.

Nous sommes dans le besoin sans que le désir y ait une quelconque place qui affranchirait le sujet du produit de sa souffrance. C’est bien là que nous pouvons situer l’essentiel de cette démarche de traitement, entre besoin et désir avec une parole (qui) entre… et sort.

Alors le capitaliste est-il un toxicomane en attendant les résultats de la bourse, son profit par le résultat en bas d’une page (leur portefeuille) ? C’est la question qui en découle. Profit qui se distingue de la richesse puisqu’ils n’en ont pas besoin pour manger ou jouir de biens matériels, mais pour un certain plaisir, une extase du chiffre. Le profit n’est-il pas leur drogue ? C’est le plus du chiffre qui fait la jouissance comme le plus de l’alcool, de la drogue… Discours manifeste de la volonté de croissance de l’actionnaire pour le profit du chiffre. Effet psychotrope de la puissance financière comme de l’ivresse.

Le capitaliste n’avance pas son désir, il veut du profit en fortune de chiffre la plupart du temps virtuel sur du papier ou un écran et par là, recule comme le fait le toxicomane dans sa jouissance du produit.

C’est dans cette reculade de jouissance que nous installe le Discours Capitaliste avec la promesse du produit et de ses effets.

C’est comme s’il y avait une annihilation du désir pour se concentrer uniquement sur le besoin par les biais de la consommation, sommation de consommer sans que le désir ait son mot à dire, mais dans un comportement de satisfaction d’une faim (fin?) de besoin. Nous rejoignons l’idée de forclusion d’un Autre susceptible de créer le manque puisque cet Autre promet soi-disant la félicité suprême de la jouissance sans fin.

Alors, dire pour un sujet est une possible sortie qu’il fabrique lui-même.

À propos de Thierry GALEAU

Psychologue Clinicien / Psychothérapeute

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