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Jouir?

Notre monde ne tient pas ses promesses

La promesse qui veut satisfaire nos besoins ne tient pas. Parce qu’il s’agit plus que des besoins primordiaux, parce que l’achat est devenu affaire d’envie d’avoir à grand renfort de publicité. Le slogan a remplacé la parole, la pulsionnalité a annulé l’argumentation, des formes de besoins prennent le pas sur le désirant. Tout à fait bien décrit par Claude Allione que nous citons :

« Ne pas manquer est devenu l’impératif renouvelé de notre société postmoderne que la publicité répète sans cesse par ses images et ses slogans. »1

Il rajoutera plus loin l’ambiance pulsionnelle provoquée dans laquelle le sujet se produit dans ses courses aux produits dont il croit manquer, manquer plus que de raison, au-delà même de la raison.

« C’est que justement, cet état de sidération est celui que le consumérisme postmoderne recherche parce qu’il abolit toute considération désirante (choix, réflexion, alternative et acte de parole) pour conduire insensiblement l’individu dans le registre de la pulsionnalité, de l’automatisme, de l’homme-machine programmé – nous verrons par quels moyens – pour être un acteur automatique de l’acte d’achat. La société de consommation a vécu, nous entrons dans l’ère de la société de saturation. »2

Comment parler et « pour-quoi » dire dans un fonctionnement qui vise à détruire ce qui fait justement « l’âme » humaine, le langage. En accédant à la propriété pour jouir de la possession par la satisfaction à laquelle est censé procéder l’objet de nos convoitises, ne détruisons-nous pas la seule part de nous-mêmes qui nous fait femmes ou hommes ? Sommes-nous ravalés à ne plus être que des bêtes assoiffées parcourant le supermarché sur les routes de la publicité aguichante ? De l’envie à la déception produite, la course se répète jusqu’à l’épuisement que la spécialisation addictologique tente de calmer par la production compulsive de médicament (médi-calmant?) de la recherche laborantine commerciale. Ils soignent le malade sans dire que la maladie, c’est aussi, en partie, ceci et cela !

Sommes-nous tous destinés à devenir toxicomanes ? « Addict » en esclavage coupable de n’être que la somme de nos besoins suscités par les slogans en tout genre ? Buvez, mais avec modération, la modération sans limites aucune, termes des publicités de la promesse non tenue de la satisfaction de tous les désirs ainsi immodérés.

1) Claude Allione, La haine de la parole. P. 35

2) Ibid. P. 41

À propos de Thierry GALEAU

Psychologue Clinicien / Psychothérapeute

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